Il existe de bons films d’action américains modernes, qui conjuguent à la fois dynamisme et intelligence. Démineurs fait incontestablement parti de cette catégorie. Le point de départ du scénario est assez simple: suivre la vie d’une unité de l’armée américaine chargée de désamorcée des bombes en Irak. La trame principale n’est qu’une succession d’épreuves pour cette unité: voiture piégée, mines dans les rues, corps d’enfant piégé d’explosifs, fausse alerte avec sniper sur les toits, etc. Cette succession de scènes serait totalement inintéressante si le spectateur n’était pas plongé directement au cœur de l’action: caméra embarquée du petit robot envoyé en repérage des bombes (premier plan du film), caméra à l’épaule, l’image saute, l’image tremble; on a peur.
Car c’est de la peur dont parle le film avant tout. Ces hommes sont envoyés désamorcer des bombes capables de dévaster des immeubles juste à l’aide d’une pince. Ils disposent également d’une tenue de protection, mais le héros du film, le Sergent James, ne se fait guère d’illusion: à quoi sert un scaphandrier face à une bombe conçue pour détruire le siègle de l’ONU à Bagdad ? “Quitte à mourir, autant mourir confortablement“. Et c’est là que se situe la grande question du film: quelle est la limite entre la folie d’un homme qui se jette face au danger et le soldat qui fait son travail ? Est-ce que celui qui n’a pas peur est fou ?

Le personnage du Sgt James est très travaillé sur ce point. On le voit faire preuve d’un détachement complet face au danger. “War is a drug” annonce le film dès le début; le soldat James frise constamment l’overdose. Celui qui affirme avoir désamorcé plus de 800 bombes dans sa carrière ne connait pas ses limites, il ne connait pas la peur face au danger. Pourquoi ? Le film tente une explication psycho-sociale sur la nature même de la société américaine. On voit très brièvement le Sgt. James de retour de mission chez lui, aux Etats-Unis, en train de faire les courses. Il arrive au rayon céréales aussi vaste qu’inutile. Quelles céréales choisir ? Après avoir vécu l’enfer de la guerre, comment avoir pour principale préoccupation le choix d’une marque de céréales ? La société de consommation américaine apparait aussi absurde que la guerre en Irak, mais au moins en Irak il peut empêcher des bombes d’exploser, des innocents de mourir. Alors autant repartir au danger plutôt que de rester avec sa femme et son fils. Le compte-à-rebours du film, qui était à J-36 au début pour indiquer le nombre de jours restant à l’unité avant son départ d’Irak, repart à J-365 au dernier plan du film. Une guerre absurde, qui n’a pas de fin, où il faut tous les jours désamorcer des bombes alors qu’il en explose d’autres à l’autre bout de la ville. Mais chaque bombe est un défi.

Enfin, on se souviendra plus particulièrement d’une scène de nuit, où l’unité de désamorçage arrive sur une place après l’explosion d’un camion citerne. Il y a des morts partout, des corps mutilés, des femmes et des enfants, des soldats qui courent dans tous les sens, des vieilles femmes qui hurlent de douleur. Un enfer que les soldats américains doivent arriver à maitriser. On retrouve la même ambiance qu’à la fin de Full Metal Jacket quand les soldats recherchent le sniper: un décor apocalyptique, des soldats au bord de la folie, apeurés. En plus d’être captivant et même stressant pour le spectateur, Démineurs est aussi un beau film, avec des images très travaillées. Un des premiers grands films sur la guerre en Irak.
Comment du titre original “Splendor in the Grass”, titre original du film, on est arrivé à “La Fièvre dans le sang” en France, alors que tout l’intérêt du film repose justement sur cette citation d’un poème de W.Wordsworth, qui évoque la splendeur d’un temps passé, qu’il faut apprendre à ne pas regretter, mais plutôt se satisfaire de ce qu’il nous reste (we will grieve not, rather find strenght in what remains behind). Et ce n’est pas une référence cachée ! Le poème est lu à trois reprises dans le film, et en propose même une interprétation.

Changer de vie. Frédérique, enseignante au collège, divorcée de Jean-pierre, chercheur en sociologie au CNRS avec qui elle reste très proche, et mère de Quentin, veut changer de vie. Ou plutôt elle veut une vie différente de la sienne, une vie qui ne soit pas guidée par son statut socioprofessionnel et son éducation. Mais elle ne veut pas choisir cette autre vie, elle préfère laisser le hasard choisir pour elle. Dans Hors d’atteinte ?, on retrouve donc une trame similaire à d’autres romans d’Emmanuel Carrère (L’Adversaire et la Moustache). Le point de départ est une vie “normale”, réglée par une série d’évènements logiques et monotones. Frédérique est une trentenaire parisienne, milieu intellectuel, au niveau de vie aisé, sortant régulièrement le soir avec son ex-mari. Elle poursuit sa carrière d’enseignante en attendant d’achever une thèse, sans vraiment y croire, mais pour garder le sentiment qu’elle ne sera pas enseignante toute sa vie et qu’elle est “supérieure”, ou au moins différente, de ses collègues de travail. Son ex-mari, plus cultivé et plus brillant qu’elle, n’est jamais à cours de bon jeu-de-mot et d’astuces linguistiques. Esthète, grand connaisseur de jazz , elle est autant agacée par lui qu’admirative. Bien que séparés, ils couchent régulièrement ensemble, autant par affection qu’habitude. Ils ne fréquentent que des amis du même milieu et semblent tout deux satisfaits de cette vie sans passion ni gloire, mais une vie “normale”, une vie qui passe.
Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tue son père, sa mère, ses deux jeunes enfants, sa femme et tente de tuer son amante puis de se suicider en incendiant sa maison. Ce “fait divers” a fait les gros titres de la presse à l’époque, puisqu’en plus du caractère horrible de ces actes, on découvre que depuis 20 ans Jean-Claude Romand avait fondé son existence sur un mensonge qui en avait entraîné d’autres: contrairement à ce que pensaient sa famille et ses amis, il n’était pas médecin pour l’OMC. Il n’était même pas médecin du tout. Il n’était “rien”, il n’avait pas de travail et passait ses journées sur les aires d’autoroutes, où à marcher dans la forêt en attendant que le temps passe. Il s’inventait des voyages d’affaires à l’étranger, qu’il passait en réalité dans les hôtels des aéroports. Certains jours, il passait sa journée dans le hall de l’OMS, il s’imprégnait des lieux, assistait aux conférences libres, et ramenait des brochures chez lui pour conforter son alibi. Il était respecté et admirer de tous, il incarnait le rôle du médecin spécialiste reconnu internationalement, du gendre idéal, du bon ami mystérieux mais toujours présent, du père de famille aimant. Pour l’argent, il proposait à tous ses proches de placer leurs économies en Suisse, là où il travaillait pour l’OMS, et où il disait avoir accès à des placements particulièrement rentables. Son supposé statut social incitant la confiance, il utilisait l’argent prêté par ses proches pour vivre, et empruntait à d’autres quand on lui demandait de sortir de l’argent des banques; un système pyramidale qui ne pouvait que s’effondrer. Cette situation a durée plus de 20 ans. Il n’a jamais été découvert a fini par détruire tout cette vie fondée sur des mensonges.
A noter la réalisation d’un film par Nicole Garcia, librement adapté du livre. Le film illustre les dernières mois de la vie de Romand. Le point de vue est beaucoup plus neutre, plus distant. On ne cherche pas à expliquer, on cherche à montrer. On peut admirer dans ce film une interprétation exceptionnelle de Daniel Auteuil, qui tout en finesse, incarne ce bloc de souffrance, cet homme qui s’est inventé une vie pour pouvoir être aimé, et qui a préféré détruire toute les vies autour de lui plutôt que de voir la vérité éclatée.La conclusion d’Emmanuel Carrère:”J’ai pensé qu’écrire cette histoire ne pouvait être qu’un crime ou une prière”.
Dans Un roman russe, Emmanuel Carrère propose cette citation dont je ne retrouve pas l’auteur: ” à force d’écrire des choses horribles, il vous arrive des choses horribles”. Dans La classe de neige, on pourrait appliquer la phrase suivante: “à force de penser des choses horribles, il vous arrive des choses horribles”. La différence est juste contenue dans le passage de l’écriture, à la pensée, puisque dans ce roman, le personnage principal n’a pas l’âge d’écrire des autofictions comme Emmanuel Carrère. Ce n’est encore qu’un enfant; mais un enfant légèrement perturbé.
La question des camps de la mort est un sujet sur lequel on ne badine pas intellectuellement. Nous essayerons donc de rester le plus sobre possible, tout en ne nous interdisant pas de soulever certaines questions, contrairement au film qui tout en voulant creuser la question de la responsabilité et du perpétuel sentiment de culpabilité de la jeunesse allemande, reste à une certaine distance des sujets de fond, sûrement par pudeur et surplus de délicatesse.

Après la résolution des affaires criminelles à l’aide des indices scientifiques (CSI), des os (Bones), des chiffres (Numb3rs – jamais vu), de la voyance (Médium – jamais vu), ou à l’aide de grosses tartes dans la tronche (The Shield), j’ai découvert une série qui a commencé en 2005 et qui est toujours d’actualité: Criminal Minds. L’idée est plus réaliste que certaines de ses consœurs: les crimes sont résolus à l’aide d’une équipe de “profilers” qui étudient la psychologie du criminel à l’aide de son mode-opératoire. Dans la plupart des cas, ils sont confrontés à des sérial-killers qui sont toujours en activité. Le but est donc de minimiser le nombre de victime. Les sujets varient entre les poseurs de bombe, les kidnappeurs, les tireurs isolés, les incendiaires, les violeurs… enfin tout ce que les Etats-Unis semblent comportés de détraqués. Car comme ce sont des actes à répétition, et non des crimes passionnels, ils ont presque toujours affaire à des individus légèrement atteints…
Bon… déjà commenter Mulholland Drive, c’était compliqué. Mais alors Lost Highway… J’ai été lire un peu sur internet ce qui avait été écrit sur le sujet, pour voir comment d’autres avaient fait. Et entre le “j’ai rien compris” et le “atler-égo diégétique à tendance psychotique” j’ai pas trouvé de juste milieu. La raison de cette relative impossibilité à commenter ce film (même si certains y arrivent très bien), c’est en raison du caractère purement cinématographique de l’œuvre; ce n’est pas adapté d’un livre, et ce n’est pas adaptable à l’écrit. Tout le travail de mise en abyme, et sur le cinéma lui-même perdrait tout son sens.

Pour continuer dans la série des films de David Lynch, je recycle un ancien article déposé sur un blog précédent, avec quelques mises à jour.


Dans une interview au journal Le Monde daté du 31 juillet 2009, Jacques Audiard a déclaré:
