Faute d’avoir eu le temps de mettre le blog à jour depuis plusieurs mois, petit inventaire des derniers films visionnés au mois de décembre. Dans le désordre le plus total:
Un homme et une femme, Claude Lelouch, 1966. Palme d’or à Cannes en 1966, Oscar du meilleur film étranger, des Golden Globles, des récompenses dans le monde entier… Le couple devenu mythique Jean-Louis Trintignant / Anouk Aimée se rencontre à Deauville, apprend à se connaître, apprend à laisser le passer derrière soi, ré-apprend à aimer, et redécouvre l’Amour. Tout fonctionne bien dans ce film: la complicité entre les deux personnages, les plans en extérieur à Deauville, les dialogues dans la voiture, la voix intérieure de Jean-Louis Trintignant (et surtout le son de sa voix), la musique du film que tout le monde connaît, les sentiments des personnages et leurs tourments. Le tout forme un bel ensemble à la fois léger et profond.
Persécution, Patrice Chéreau, 2009. Autre époque, autre histoire d’amour, teintée ici de haine et de folie. Dès les premières minutes du film, le spectateur est brusqué, mis en position inconfortable: scène d’ouverture dans le métro parisien, une jeune femme fait la manche, la rame entière détourne le regard, une seule femme ose la regarder directement, la jeune mendiante la frappe. Une gifle sèche, directe, sans aucune raison. C’est un peu l’effet que procure le film: un coup sec, une vision tortueuse des relations sociales et amoureuses, des personnages de la vie de tous les jours mais au bord de la rupture. Un Romain Duris, comme souvent parfait, incarnant un jeune ouvrier en bâtiment irascible au possible, ne sachant aimer Sonia (Charlotte Gainsbourg) que par une forme de persécution, et étant lui-même persécuté par Daniel (Jean-Hugues Anglade lui aussi très juste), son double dérangé et dérangeant. On ne passe pas un bon moment devant ce film; on passe un moment stressant, troublant et inconfortable. Mission réussie ?
Thirst (ceci est mon sang), Park Chan-Wook, 2008. Prix du jury au dernier festival de Cannes, le réalisateur coréen d’Old Boy propose ici une histoire de vampire aussi originale que moderne . Un jeune prête accepte de servir de cobaye à des expériences médicales en Afrique et se retrouve infecté par du sang de vampire. Contraint de succomber aux désirs charnels de part sa nouvelle condition de vampire (plaisirs aussi bien sexuels que gastronomiques), il fait la rencontre d’une jeune femme prête à tout pour échapper à la morosité de sa vie. Si ce rapide résumé peut laisser entrevoir un film de série Z, Thirst est un grand film, où le fantastique est parfaitement intégré à la réalité quotidienne grâce à une esthétique très travaillée et à un scénario beaucoup plus profond qu’il n’y parait. Excellemment bien filmé, avec des plans d’une grande originalité, Thirst est le coup de coeur de ce mois de décembre.
Les herbes folles, Alain Resnais, 2009. Quelle déception pour ce film annoncé comme le film français de l’année par des critiques unanimes. Et quel ennui ! Ces mêmes critiques qui portaient ce film d’une même voix se permettaient même de préciser que si on n’aimait pas ce film, c’était parce qu’on n’aimait pas les films qui « déraillaient », qui ne suivaient pas des lignes droites mais qui au contraire partaient du côté des herbes folles. Mais effectivement, si ces critiques à minima quinquagénaires n’ont vu aucun film moderne depuis Pierrot le fou, ils peuvent s’extasier devant la dite « folie » formaliste du dernier film de Resnais. Et pourtant quelle platitude… Est-on original parce qu’on filme André Dussollier qui se fait aider par Sabine Azéma pour fermer sa braguette ? Sort-on des sentiers battus en projetant une lumière verdâtre horrible dans des décors affreux ? Fallait-il s’extasier devant ce supposé « surréalisme » qui était caché derrière des dialogues d’une rare pauvreté interprétés par des acteurs d’habitudes excellents mais qui jouent ici leur propre rôle ? Vraiment pas grand chose à sauver dans ce film; si ce n’est une volonté absolue d’être traditionnellement original.
Rosemary’s Baby, Roman Polanski, 1968. Film d’horreur, ou de suspense, l’histoire est assez simple: un jeune couple aménage dans un vieil immeuble new-yorkais sur lequel pleins de rumeurs obscures circulent: vague de suicides, sorcellerie, etc. Mia Farrow incarne la jeune épouse, Rosemary, qui s’inquiète rapidement de voir son mari (John Cassavetes) sympathiser de manière trop aiguë pour être honnête avec tous les couples de personnes âgées de l’immeuble, et en premier lieu leurs voisins. Lors d’une nuit où elle rêve qu’elle est violée par une bête étrange sous les yeux de son mari et de tous les voisins, Rosemary tombe enceinte. S’en suit une enquête de Rosemary sur ses voisins et son mari pour finalement s’apercevoir qu’ils font partis du secte satanique et qu’ils veulent utiliser son bébé pour des messes noires. On retient avant tout de ce film l’excellente interprétation de Mia Farrow, incarnant à la perfection pendant le premier tiers du film une belle jeune femme aimante pour ensuite basculer vers la démence et l’horreur. Une ambiance toute particulière dans ce film qui en fait un grand classique du cinéma de l’époque.

The Blair Witch Project, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, 1999. On reste du côté de l’épouvante, mais qui fait quand même plus peur, avec ce film que tout le monde connaissait sauf moi. Pitch ultra-simple: trois étudiants en cinéma réalisent un documentaire sur la légende d’une sorcière hantant les bois d’une petite bourgade. On sait dès le début que les trois étudiants ont disparu et qu’on n’a seulement retrouvé les bandes vidéos de leur tournage, que le spectateur est invité à regarder. On ne voit donc que ce que les étudiants ont filmé, c’est à dire essentiellement des bois, et des bois la nuit (c’est à dire du noir). Et pourtant ça fait vraiment peur. Un scénario minimaliste, des moyens minimaliste aussi (3 acteurs et deux caméras), aucun effet spécial, et ça fonctionne parfaitement, et en particuliers grâce à deux éléments: la justesse des relations entre les trois personnages, qui alternent entre peur, haine et violence, et le rythme soutenu de l’intrigue, où chaque soir les étudiants sont obligés de camper au milieu de ces bois hostiles. On voudrait qu’ils s’en sortent alors qu’on connaît déjà la fin. Preuve est que des films indépendants peuvent connaître un très grand succès, même aux Etats-Unis, pour peu qu’ils sachent innover. Et des innovations dont les grands studios seraient incapables.
Hellraiser, Clive Barker, 1988. Bon là, on tombe vraiment du côté des films de série B. Ceux qui ne sortent qu’en DVD (ou cassette à l’époque) et qu’on peut voir sur la TNT après 22h. Et pourtant, ces films gores, avec x épisodes (8 pour Hellraiser) font partis du patrimoine du cinéma et doivent être reconnus comme un genre à part, très riche en enseignements sur le cinéma et la société américaine des années 1980. Dans Hellraiser, premier épisode, un jeune homme (dont j’ai oublié le nom et qu’on appellera Bob) achète une boîte maléfique qui permet d’accès à un monde parallèle où la notion d’extrême souffrance est synonyme de celle de plaisir intense. Ce monde parallèle est protégé par des anges (ou démons), les Cénobites, qui dévouent leur vie à ces sensations extrêmes. Bob se retrouve donc enfermé dans ce monde jusqu’au moment où son frère et sa belle-soeur (avec qui il a eu une relation incestueuse la veille du mariage) aménagent dans sa maison. Lors d’un accident domestique, quelques gouttes de sang traversent le plancher et font revenir partiellement Bob (sans peau ni chair) du monde des Cénobites. Il convainc alors sa belle-soeur / amante d’attirer des hommes chez elle pour pouvoir les tuer, puis les manger, afin de reprendre définitivement forme humaine (faut suivre!). Mais les Cénobites parviennent à retrouver Bob dans le monde des humains grâce à l’aide de la fille vertueuse (puisqu’habillée en blanc) du frère de Bob (mais qui n’est pas la fille de l’amante/tueuse/belle-soeur). BREF, très mal joué, des animations sanglantes en image par image (dignes d’Evil Dead) et un scénario qui ne cherche pas à être vraisemblable. Mais une illustration de la société américaine qui ne cesse d’osciller entre un puritanisme de façade et une libération des moeurs débridée. Et puis on voit pas tous les jours un gars avec autant de clous plantés sur la tête…
Avatar, James Cameron, 2009. A défaut d’habiter dans une zone sinistrée, vous savez forcément qu’Avatar, le dernier film de James Cameron, au budget astronomique, est sorti sur les écrans, et en 3D (dans les salles équipées bien évidement). Est-ce vraiment la révolution technologique et cinématographique annoncée ? L’histoire n’est pas le point fort du film: le soldat Jake Sully, devenu paraplégique, est engagé pour « piloter » un avatar, une créature mi-humaine / mi-Navi, le peuple d’une planète que les méchants industriels ont décidé de coloniser. En se connectant à son avatar, il « devient » (ou incarne, c’est tout l’enjeu de l’intrigue) cet être, et peut ainsi infiltrer les ennemis étrangers. Bien évidement il tombe amoureux d’une autochtone, découvre un peuple respectueux de la Nature, préfère courir dans les bois avec sa belle plutôt que d’être un soldat handicapé et devient réellement, peu à peu un Navi… L’histoire se tient, sans aller chercher trop loin. Mais ce n’est pas l’intérêt du film; pendant 2h40 de projection, chaque plante, chaque petite bête, chaque paysage émerveille. Tout est magnifique, on ne sait plus ce qui est naturel ou artificiel, on a juste envi d’être sur cette planète. La 3D n’est pas utilisée exagérément (rien ne « saute » violemment aux yeux), mais permet juste de donner ce qu’il faut de profondeur à ces paysages exceptionnels. Il faut juste VOIR ce film pour comprendre. Donc oui, Avatar est une vraie révolution; ce film ne ressemble esthétiquement à aucun autre. C’est une nouvelle étape du cinéma qui fera date; du cinéma-spectacle-pop-corn, c’est certain, mais un cinéma d’un imaginaire incroyable. Le film du moment à voir.
Voilà pour la sélection assez hétéroclite (et un peu violente) du mois de décembre. Si en novembre on avait retenu avant tout le magnifique A l’origine, de Xavier Giannoli, et que le coup de coeur du mois est pour Thirst (même si ce film est déjà sorti depuis longtemps), Avatar est le film le plus marquant du mois, et peut-être de l’année. Un film dans lequel on reste plongé bien après être sorti de la salle. Bonne fin d’année !