La fille du RER, André Téchiné, 2009

Un film délicat… On sort de la salle avec une impression de délicatesse, d’avoir effleuré avec intelligence et sans prétention un sujet pourtant complexe et polémique. La fille du RER revient sur un fait divers qui avait fait grand bruit à l’époque : une jeune fille déclare avoir été agressée physiquement dans le RER D par une bande de jeunes « de banlieue », qui lui auraient dessiné sur le ventre des croix gammées en la traitant de « sale juive », alors qu’elle n’est pas juive ; mais ses agresseurs auraient trouvé sur elle une carte de visite d’un avocat juif. Dans le contexte social tendu de l’époque, avec de nombreux actes antisémites recensés, la machine médiatique et politique s’emballe, alors qu’aucune preuve tangible ne vient confirmer les déclarations de la jeune fille. Au plus fort de la tempête médiatique, après que même le président de la République lui ait témoigné son soutien, la jeune fille avoue avoir menti et inventé son agression.

Le film suit logiquement cet enchaînement en inventant une histoire, un milieu à cette jeune fille, Jeanne. Deux parties composent le film et sont annoncées par des cartons : 1/ les circonstances ; 2/ les conséquences. Téchiné se fait ici plus sociologue que psychologue, et on ne peut que s’en réjouir. A la manière de Gus Van Sant qui dans Elephant se refusait à esquisser la moindre cause aux tueries de Columbia, Téchiné ne cherche pas à expliquer ce qui a entraîné la jeune fille à inventer une agression antisémite. Il nous présente juste son milieu, sa mère (une Catherine Deneuve simple et lice comme le rôle l’impose), son enfermement dans un pavillon de banlieue, le RER que Jeanne prend tous les jours, sa recherche d’emploi infructueuse, et son amour passager avec un escroc. Certes on la voit pleurer quand elle regarde un documentaire sur l’holocauste, elle voit aussi à la télévision un reportage sur les actes antisémites en France ; mais rien ne la prédispose, à priori, à élaborer un scénario d’agression où elle va jusqu’à se lacérer le visage et les bras elle-même.

Et donc la deuxième partie, les « conséquences », ne représentent pas les conséquences des « circonstances », mais les conséquences du mensonge. Pour tout type d’évènement, on cherche toujours une explication logique, rationnelle, la cause de l’évènement, qui nous rassure : il a fait ça parce que… Il a tué ses camarades de classe parce qu’il écoutait trop de musique violente et qu’il jouait trop aux jeux vidéos – elle a inventé une agression antisémite, s’est dessinée elle-même des croix gammées sur le ventre parce que… Elle est folle ? Elle a perdu son père ? Son dernier amour a fini en prison ? Elle recherchait de l’attention ? Elle s’identifie aux victimes d’actes antisémites ? On ne saura pas, et il n’y a sûrement rien à savoir.

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C’est ce que comprend un avocat, défenseur de la communauté juive (magistralement interprété par Michel Blanc) qui ne cherche pas à juger Jeanne, ni de cause à son mensonge, ni de polémique sur la disproportion de la réaction des médias et des politiques, alors que son fils (interprété par un Mathieu Demy en pleine crise existentielle dans son peignoir) veut le voir réagir. L’avocat préfère juste laisser glisser, avec finesse et délicatesse. Et c’est finalement ce qu’on pourrait reprocher au film : à force de faire dans l’effleurement (même la caméra effleure les personnages, les filme par de long travelling à travers la végétation, se fait discrète), le film ne donne que très peu de prises, pas assez de matériaux solides sur lesquels s’accrocher. On sort finalement très vite de ce film qui entend rester une illustration d’un fait divers, et non d’un fait de société.


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