Le Discours d’un roi – The Fighter – True Grit: quand Hollywood nous endort

Qu’il y a-t-il de commun entre le Discours d’un roi, The Fighter et True Grit ? Peut-on relier l’histoire d’un roi bègue anglais dans les années 1930, d’un boxeur malheureux de la côte est américaine et d’une fille qui veut venger son père dans le far-west ?

Ces trois films américains sont les grands succès critiques et publics de ce début d’année 2011. Chacun a reçu bon nombre de récompenses dans les grands festivals internationaux. Pourtant ce qui marque n’est pas la « grandeur » de ces films, mais au contraire la similitude dans leur pauvreté narrative et la fadeur des émotions et des messages qu’ils tendent à véhiculer.

Forçons le trait. Que racontent ces trois films ?

Le premier est un « biopic » sur un roi qui doit faire un discours mais qui est bègue. Il prend des cours de diction et finalement, non sans mal, réussit à prononcer son discours.

Le second nous présente un boxeur américain des années 1990 qui enchaîne les défaites mais qui en s’entraînant mieux réussit à devenir champion du monde.

Le dernier, un western, nous parle d’une jeune fille qui veut venger son père. Elle retrouve le meurtrier et le tue.

Mais attention !! Qu’importe cette pauvreté du récit ; ce sont des « histoires inspirées de faits réels», de l’Histoire, la vraie !! Nous devons donc nous incliner et écouter gentiment ces petits moments de la grande Histoire. True Grit n’est pas inspiré de faits réels ? Ce n’est pas grave : on organise le récit en flashback, par une vielle dame qui remonte dans le temps pour nous conter ce qui s’est passé. Magie du cinéma, on fait comme si. Ça ajoute toujours un peu plus de valeur et d’authenticité à une histoire d’une affligeante banalité.

Des histoires vraies qui semblent dispenser les scénaristes de toute imagination.

On pourra toujours dire que j’ai simplifié à l’extrême les scénarios des trois films. Comment nos trois héros (le roi, le boxeur et l’orpheline) parviennent-ils à leur fin ? Ils ont tous un adjuvant, le second rôle du film, qui est en réalité le personnage principal. Et dans les trois cas, l’adjuvant est aussi un opposant à la quête du héros. Toute la moralité de l’histoire réside dans la résolution du conflit adjuvant/opposant pour le personnage secondaire. Démonstration.

- Le roi doit prendre des cours. Il rencontre son opposé, un excentrique (Oh my God). Le ton comique du film naît de cette confrontation entre la rigueur morale du roi et l’excentricité du « scientifique ». L’incompatibilité d’humeur est un frein pour la quête du roi. Mais chacun mettra un peu d’eau dans son vin et tout ira pour le mieux.

- Le boxeur est entraîné par son frère, ancienne gloire locale, drogué au crack. L’addiction de son frère cause sa perte (combats perdus, main cassée). Mais son frère se libère de son addiction, rentre dans le droit chemin. Le boxeur peut à nouveau s’entraîner avec lui. Et il gagne tous ses combats.

- La petite fille ne peut pas se venger seule. Elle engage un vieux Marshal alcoolique. L’addiction de ce dernier entraînera la capture de la jeune fille. Mais le Marshal se libère du whisky puis libère la fille qui arrive enfin à tuer le vilain.

Une fois cette répétition admise, on pourrait s’en accommoder (surtout que ces seconds rôles sont les morceaux de bravoure des films, avec des acteurs excellents). Ce n’est finalement qu’un grand classique de toute histoire épique, où le faire-valoir du héros devient un adjuvant. On pourrait également regretter que la critique soit passée outre cette faiblesse narrative constante aux trois films. Mais ce que nous voulons dénoncer, ce sont les valeurs très « bien-pensantes » que sous-tendent ces histoires. On pensait en avoir fini avec un certain cinéma américain vecteur d’idéaux WASP. Hollywood n’était plus une machine à faire rêver de l’american way of life, mais se dotait d’un vrai point de vue, de plus en plus objectifs, ou tout du moins, plus critique. C’est bien entendu le cas de très nombreux films. Mais pour ces trois « grands films » internationaux, on peut estimer qu’il s’agit bien d’un retour en arrière.

- le roi est un homme comme les autres, avec ses faiblesses. Mais « un grand pouvoir impliquant de grandes responsabilités » (morale de Spiderman), le roi doit être plus qu’un homme et vaincre ses faiblesses grâce au travail, pour l’amour de sa patrie et des siens. Alléluia !

- c’est pas facile facile de réussir à devenir un grand champion de boxe quand on vient d’un milieu modeste et que son frère est un junkie. Mais grâce à la Justice, au travail acharné et à l’amour de sa famille, on peut vaincre ses démons et devenir un héros (à noter la volée de cloches quand le boxeur reprend l’entraînement – il s’agit bien de rédemption, au sens religieux du terme)

- et c’est pas facile facile non plus quand on est une petite fille de venger l’honneur de sa famille au far-west. Mais si on arrive à faire revenir dans le droit de chemin un alcoolique, prêt à se sacrifier pour obtenir la rédemption de ses péchés (symbole de la poursuite finale), on arrive plus facilement à exploser la tronche du méchant. (à noter la scène finale hallucinante de ridicule où la petite fille devenue vielle fille vient s’incliner sur la tombe de celui qui s’est sacrifié pour elle en se disant « oh là là, le temps passe bien vite ma bonne dame… »). (A noter également l’autre scène où la frontière du ridicule a été franchie, quand le recul du fusil de la vengeance fait chuter la fille dans le puits – enfer, où comme il se doit les serpents viennent la dévorer avant que son Orphée alcoolique ventripotent ne vienne la sauver… comme ressort narratif, c’est du grand art !!)

On l’aura compris, Hollywood nous fait réaliser que la vie est dure, mais que si l’on ne se drogue pas, qu’on travaille beaucoup et qu’on aime sa famille, alors tout est possible. Et ce sont ces idées, tellement innovantes, qui ont été récompensées. On voulait de l’original, du moderne, des émotions (des vraies, pas des simulacres), du dérangeant, de la violence, du sexe et des idées ; on obtient le discours de bon papa.

Pour conclure, la forme de ces trois films ne fait que soutenir ce discours. Aucune innovation ou presque, un grand classicisme dans la mise en scène (The Fighter), de très beaux cadres certes (le cabinet du docteur du roi – les grands espaces du grand ouest américain), rien qui ne fasse trop de bruit, rien qui ne risque de perturber la léthargie intellectuelle où nous conduisent, lentement, mais sûrement, ces trois films.

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