Midnight in Paris, Woody Allen, 2011

A défaut d’être intéressante, la visite du musée Grévin des années 1920 aurait pu s’avérer distrayante. L’idée de base du scénario de Midnight in Paris est simple et efficace: un touriste américain en visite dans la capitale se lamente sur sa vie professionnelle et amoureuse le jour et déambule la nuit dans le Paris des années 1920, à la recherche d’un bonheur perdu. Sa blonde et riche fiancée réelle se désintéresse totalement de son roman; sa brune et bohème amante de la nuit tombe amoureuse de son œuvre à la première phrase. Ses journées sont rythmées entre les ballades en  taxi avec ses beaux-parents, des déjeuners interminables et des compagnons arrogants; il est libre la nuit de parcourir Paris à pied, à côté des plus grands artistes du XX° siècle.

On a compris l’idée; il suffit de la faire tourner pendant 90 minutes (ce qui est long pour un tel scénario) mais en enchaînant les saynètes avec une myriade d’acteurs connus, on aurait pu se laisser gentiment bercer par cette comédie sans prétention.

Mais contrairement à ses habitudes, Woody Allen veut conclure son film par une morale pseudo-existentialiste sur la difficulté d’accepter la réalité comme elle est (pour ceux qui n’avaient pas compris que le film était basé sur l’opposition entre la vie réelle et la vie rêvée). Déjà l’ouverture d’un deuxième tiroir dans le premier était fort poussive _ le héros des années 2000 et son amante des années 1920 voyagent à leur tour dans un autre passé, la belle époque des années 1900. Voir ensuite Gad Elmaleh s’enfuir de la Galerie des Glaces après avoir croisé Louis XIV laissait une vague impression de perplexité teintée d’agacement. Subir 5 minutes de dialogue entre Owen Wilson et Marion Cottilard dans un décor de french-cancan avec Toulouse Lautrec en arrière-plan ne faisait qu’espérer qu’on s’approchât enfin de la conclusion d’un film à bout de souffle. Mais le clou du spectacle est incontestablement ce dialogue:

“- Elle: Tu ne comprends pas, ce sont les années 1900 l’âge d’Or (regard enthousiaste)

- Lui : Ah mince, moi je croyais que c’était les années 1920. Si pour moi ce sont les années 1920 et que pour toi ce sont les années 1900, ça veut peut-être dire qu’il n’y a pas d’âge d’Or… (regard pensif)

- Si il y en a un, c’est maintenant, la belle époque !Et je vais y rester pour toujours !! (regard passionné)

- Oh non… Tu ne vois pas que c’est un mythe l’âge d’Or. On pense toujours que c’était mieux avant mais en fait, je le comprends maintenant, il faut savoir vivre avec son temps et régler ses problèmes ! (regard qui se veut déterminé et intelligent, le tout, répétons-le, par Owen Wilson devant Marion Cottilard dans le décor de Moulin Rouge).”

AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHH !!! Sortez-moi de là !!!! Qu’on en finisse !!

Du coup le héros revient dans son présent, largue sa fiancée et ses beaux-parents, marche dans Paris sous la pluie, et trouve immédiatement l’amour avec une jeune antiquaire, symbole de la fille du présent qui accepte et valorise le passé. Wouah…

Autre moralité: il ne suffit pas d’un bon réalisateur et de brillants acteurs pour produire un bon film.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.