L’autre monde, Gilles Marchand, 2010
Les films traitant des nouvelles technologies et de leur usage ont souvent le même défaut principal : croire que ce qu’ils montrent est nouveau et original alors que toutes les personnes qui s’intéressent un tant soit peu à ces technologies utilisent ces outils depuis des années. Les films sur les nouvelles technologies ont donc plutôt tendance à illustrer la méconnaissance du sujet par leurs auteurs. L’autre Monde n’échappe pas à la règle.
Le jeune Gaspard (interprété par Grégoire Leprince-Ringuet) mène sa vie de jeune marseillais, discute avec sa copine pas SMS, tchate avec ses potes sur MSN et surfe sur la toile. Sa vie n’est pas des plus palpitantes, sa copine est mignonne sans être top-modèle ; il a une vie « normale ». Mais (renversement d’une bouleversante finesse) il fait la connaissance via photo sur téléphone, SMS et vidéo de la pulpeuse Audrey, inaccessible et mystérieuse, mais qui montre quand-même son postérieur sur l’affiche du film. Ne pouvant l’atteindre dans le monde réel, il découvre qu’Audrey a une double vie, une existence virtuelle sur un jeu en ligne de type « second life ». Et avec un scénario si délicat, Gaspard délaisse la nuit sa copine pour retrouver son amante Audrey dans cet « autre monde » qu’est celui du virtuel. A moins que ça ne soit la réalité cet « autre monde »… Suspense…
S’en suit intrigues et rebondissements, avec interpénétration des deux mondes, confusion entre le réel et le virtuel, la belle Audrey ayant décidé de se tuer dans la réalité pour mieux survivre virtuellement.
Résumé ainsi, on peut admettre que ce film est plus risible qu’intriguant. Et pourtant !! Malgré ce scénario légèrement indigeste, il ressort de ce film une ambiance unique et assez intéressante. Melvil Poupaud, qui interprète le frère démiurge d’Audrey (Louise Bourgoin) distille à chaque apparition un sentiment inconfortable, vraiment malsain. Et cette atmosphère enveloppe l’ensemble du film d’une « inquiétante étrangeté », qui à elle seule, mérite de regarder le film. Un autre monde mal ficelé, caricatural et trop orienté sur la dualité réel/virtuel pour convaincre mais sous-tendu par un vrai discours sur la complexité des relations humaines, de la manipulation et des désirs enfouis. Il y avait peut-être plus simple comme toile de fond pour exprimer ces idées.
