Sans laisser de traces, Grégoire Vigneron, 2010
On ne pouvait imaginer pire ouverture pour ce polar "à la française": le jeune et ambitieux Étienne, interprété par Benoît Magimel, prend la direction d’une grande entreprise. Dans son tout nouveau bureau, il demande à son prédécesseur, de 30 ans son aîné, de modifier son discours de départ: l’entreprise va se "moderniser" après lui et non rester dans la "continuité". L’ambition et l’arrogance de la jeunesse face au désir de stabilité des anciens. On ne pouvait rêver meilleur cliché pour aborder le monde de l’entreprise.
Arrivé dans son tout nouveau bureau, Etienne regarde par la fenêtre ce monde froid et impersonnel qu’il a l’impression de dominer. Déjà il s’ennuie. Il rentre chez lui, regarde à nouveau les immeubles puis fait l’amour mécaniquement avec sa femme, la fille de l’ancien PDG qu’il remplace, avec qui évidement il n’arrive pas à avoir d’enfant (avec sa femme, non avec son beau-père PDG). Stérilité du couple – stérilité de l’ascension professionnelle – stérilité de cet environnement moderne et inhumain. Ce n’est pas la finesse du symbolisme qui pourrait caractériser ce film…
Dernière couche. Il rencontre par hasard un ancien copain d’école (Xavier-François Demaison), prend un café avec lui et lui déballe le grand secret de sa vie: s’il a réussi à devenir PDG de sa boîte, c’est grâce à une formule chimique révolutionnaire qu’il a volé à un inconnu qui lui avait envoyé la formule par courrier pour avoir son avis. Avec son ami, ils décident d’aller rentre visite à cet inconnu, pour confesser la supercherie. Les choses dégénèrent, le vieux copain tue l’inconnu sous les yeux médusés d’Etienne.
Peut-être ce résumé risque de paraitre décousu. Le début du film l’est tout autant. Pourtant, dès le meurtre de l’inconnu spolié, une machinerie se met en marche: chaque action d’Étienne entraine des conséquences désastreuses. Il s’enfonce dans le crime et le mensonge, assisté par son ancien ami, personnage le plus intéressant du film, totalement insaisissable entre une apparente bonne-foi et un plaisir vicieux de voir chuter Etienne. Le titre du film est donc ironique: à défaut de ne pas laisser de trace, le spectateur est suspendu à chaque trace laissé par Etienne dans sa tentative de dissimuler le meurtre. Sa rencontre avec une jeune femme, Fleur (Léa Seydoux), achève le tableau convaincant de cet homme qui ne cesse de chuter.
Pas un grand film, un scénario plein de défauts, mais un thriller au final efficace et qui arrive à capter l’attention du spectateur. Un beau rattrapage.
